Cathédrale dans le brouillard

Cette cathédrale est un véritable personnage; elle fait penser à ceux de Balzac qui « n’acquièrent de la signification que parce qu’ils croient à la signification de l’atmosphère dans laquelle ils vivent » (Robert Musil, Journaux) .

J’aime particulièrement cette photographie car la cathédrale y est tellement présente, comme si elle balayait tranquillement le flou que le brouillard tente de lui infliger.

Bernard Stoloff
www.bernard-stoloff.fr/

Scandale en 1891 : on a chanté du sommet de la tour !

« Il est généralement admis que l’heure maléfique des esprits a atteint son terme quand la cloche sonne une heure du matin. La nuit passée, cependant, exception a été faite à cette loi des esprits. Toute personne qui regagnait ses pénates vers une heure et demie du matin en passant par la place de la cathédrale – ou place du Château – était invitée à jouir d’un pur délice pour ses oreilles, qui paraissait venir des esprits. En effet, du haut de la tour de la cathédrale résonnait un chant qui semblait très étrange à qui se promenait tout en bas. Mais si ce promeneur s’arrêtait dans l’espoir de saisir quelque formule magique, il devait être déçu à cet égard, car c’étaient des chansons allemandes bien connues qui y résonnaient là. Après la chanson sur la merveilleuse ville de Strasbourg[1], c’est la forêt qui se trouve toujours et encore « là-haut[2] » qui fut chantée et les voix s’éteignirent après l’élégiaque « Que Dieu t’ait en sa garde[3] » de Neßler. Les chants finirent donc sur une note d’une résonance bien mélancolique et bien mélancolique aussi sera le regard des chanteurs quand la sainte confrérie[4] aura mis la main sur eux. « Chanter de façon intempestive » est passible d’une sévère punition. »

Cet article paru le 7 septembre 1891 dans les Straßburger Neueste Nachrichten[5] est intéressant à plus d’un titre.

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Mythe d’Erwin ou de la cathédrale ?

Le personnage d’Erwin a connu une large expansion dans le champ artistique : peintures et sculptures, notamment, le célèbrent à l’envi. Le tableau de Théophile Schuler, La construction de la cathédrale, 1842, en est à la fois l’illustration et le dépassement, à plus d’un titre.

Erwin

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Le petit chien de Balthazar

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Le cortège des Rois Mages du portail nord de la cathédrale (portail Saint-Laurent), début du XVIe siècle, avec les copies modernes

Saint Mathieu est le seul des quatre évangélistes à évoquer la venue de sages venus de l’Orient rendre hommage au roi des Juifs à Bethléem (2, 1-12). Au IIIe siècle, c’est acquis : ils sont rois, ils sont trois, ils incarnent à la fois les trois âges de la vie et les trois parties du monde alors connues, Asie, Afrique et Europe. Au VIIIe siècle, ils portent un nom : Melchior, Gaspard et Balthazar. Au début du XVIe siècle, ces réécritures successives ont la légitimité de la tradition et lorsque Jean d’Aix-la-Chapelle sculpte le portail Saint-Laurent de la cathédrale, il n’a guère de marge de manœuvre. Sur l’ébrasement gauche, la place d’honneur est dédiée à une monumentale Vierge qui porte l’Enfant dans ses bras. Celui-ci se penche en avant et s’intéresse au personnage suivant, un vieillard tête nue qui plie un genou devant lui et ouvre son calice : Melchior. A ses côtés, prêt à rendre l’hommage à son tour, désignant le Christ du doigt, Gaspard, le mage d’âge mûr. Et enfin, le plus jeune des trois, Balthazar, le maure aux traits bien reconnaissables, ôte son chapeau en signe de déférence. Derrière lui, peu visible et à l’écart, un de ses suivants attend. Continuer à lire … « Le petit chien de Balthazar »

Les incendies de la cathédrale de Strasbourg du Moyen Âge à l’époque contemporaine

Le terrible incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris survenu le 15 avril 2019 a rappelé au monde entier la vulnérabilité des anciens monuments face au feu. L’opinion alsacienne s’est immédiatement inquiétée de l’existence d’un tel risque à la cathédrale de Strasbourg et des mesures prises pour le réduire au minimum (Dernières Nouvelles d’Alsace du 17 avril 2019). Comme bien d’autres monuments historiques, la cathédrale de Strasbourg a déjà été touchée par plusieurs incendies au cours de son histoire millénaire, avec des causes et des conséquences variées. Continuer à lire … « Les incendies de la cathédrale de Strasbourg du Moyen Âge à l’époque contemporaine »

Élisabeth de Thuringe

Parmi les sculptures de la cathédrale, figure en bonne place la statue de cette sainte, le long de la chapelle Sainte-Catherine. Intéressons-nous à cette œuvre.

De la biographie à l’histoire  

Elisabeth 1Née fille de roi au nord de la Hongrie en 1207, elle fut fiancée à quatre ans au fils du duc de Thuringe à la cour duquel elle fut dès lors élevée. A treize ans son mariage fut célébré et elle donna rapidement le jour à trois enfants, la famille vivant à la Wartburg, à Eisenach. Elle ne cessa dès lors de pratiquer des œuvres de bienfaisance, illustrées ici par le mendiant à ses côtés. A la mort de son époux, elle fut chassée de son palais par son beau-frère avant de recouvrer ses droits grâce au soutien de l‘empereur. Marquée par l’esprit de pauvreté prôné par l’Évangile, elle s’établit à Marburg en Hesse, dans un ermitage et prononça ses vœux dans le Tiers-ordre franciscain en 1230. Ne lésinant jamais sur les moyens, elle finança de ses deniers un hôpital et ne cessa de se dévouer aux plus démunis, notamment les malades. Elle mourut en 1231, à 24 ans. Continuer à lire … « Élisabeth de Thuringe »

Maître Erwin, l’expansion d’un mythe strasbourgeois et … européen

Maître Erwin, par Philippe Grass. Wikipedia
Maître Erwin, par Philippe Grass.

Pour Erwin, dit de Steinbach, tout, ou presque, commence avec cette inscription : « En l’an du Seigneur 1277, le jour de saint Urbain, c’est ce glorieux ouvrage que commença Maître Erwin de Steinbach ». Longtemps visible sur l’un des portails occidentaux de la cathédrale, elle y aurait figuré en majuscules gothiques de couleur blanche sur fond bleu. Elle signalait au monde entier l’identité du père de cet illustre édifice. Continuer à lire … « Maître Erwin, l’expansion d’un mythe strasbourgeois et … européen »

Un « Rayon Rouge » au solstice d’hiver ?

De novembre à fin janvier, il est un rendez-vous matinal auquel j’aime me rendre en la cathédrale de Strasbourg. C’est le 6 janvier 2017, jour de l’Épiphanie, que j’ai vu pour la première fois un joli spot rouge auréolant, tel le fameux rayon vert, le Christ en croix sur la chaire de Geiler.

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Saint Jacques à la cathédrale de Strasbourg – 3. Vitraux et peintures

Saint Jacques à la cathédrale de Strasbourg – 1. Les monuments disparus
Saint Jacques à la cathédrale de Strasbourg – 2. Les sculptures

La dernière étape nous mènera en deux stations vers la fin de notre pèlerinage, à l’image des fidèles qui touchaient enfin au but en arrivant au chœur de la basilique espagnole.

Ultime station avant l’arrivée, les vitraux. Comment auraient-ils pu ne pas s’intéresser à notre saint ? Et de fait, on trouve sa représentation sur plus d’un vitrail. Saint Jacques figure ainsi dans la chapelle Saint-Catherine où il est le troisième à gauche dans la galerie des apôtres. On le retrouve dans le narthex où on le reconnaît sur le vitrail sud (milieu du XIVe siècle), quatrième personnage depuis le bas dans la lancette de gauche. Vêtu de jaune et de rouge, il tient une coquille à la main (difficilement visible il est vrai).

Jacques 1Plus intéressante probablement est sa représentation sur un vitrail (vers 1410-1430) de la galerie du chevet, vitrail qui provient de l’église des Dominicains. Il y est saisi en majesté et assis dans un cadre qui n’est pas sans évoquer le maître autel de la cathédrale de Compostelle. Sa chevelure blonde ceinte d’une auréole, il tient dans sa main gauche le bourdon (embelli tel un sceptre) orné de la coquille, le tout sur un fond bleu surmonté d’arcatures qui renvoient à un édifice religieux. A ses pieds l’on reconnaît des orants qui, mains jointes et têtes levées vers lui, lui adressent leurs prières, expression imagée des nombreux fidèles et pèlerins qui viennent l’invoquer avec ferveur. Et donc aussi de sa notoriété pendant toute l’époque médiévale. Continuer à lire … « Saint Jacques à la cathédrale de Strasbourg – 3. Vitraux et peintures »

Saint Jacques à la cathédrale de Strasbourg – 2. Les sculptures

Saint Jacques à la cathédrale de Strasbourg – 1. Les monuments disparus

PorteSaint Jacques nous accueille dès l’entrée de la cathédrale et en position fort honorable. Ainsi le vantail gauche du portail central offre juste sous la poignée gauche une figuration sculptée de notre saint, remarquable par une particularité. Contrairement à l’habitude, on n‘y voit pas en effet les attributs traditionnels qui permettraient au profane de le reconnaître facilement. Mais, assis sur un banc de pierre, il tient de sa main droite un glaive pointé vers le haut, cependant que l’index levé de sa main gauche attire l’attention du spectateur et du fidèle et désigne probablement, vu son orientation, sa tête pour évoquer son martyre par décapitation. Son identification est aisée : en agrandissant la photo on peut lire le long de son avant-bras gauche IAQOBUS MAJ. Continuer à lire … « Saint Jacques à la cathédrale de Strasbourg – 2. Les sculptures »