L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Mars : la douce-amère

Côté cathédrale

Douce-amère
« Herbe d’amour »

En sorcellerie la douce-amère était dénommée « herbe d’amour », ce qui laisse supposer que les cueilleuses de plantes connaissaient parfaitement ses propriétés.

Au Moyen Age, époque où le mal et le bien, bénéfique et maléfique, ange et démon s’opposent dans les représentations bibliques, on trouve tout naturellement à coté des herbes des saints, les herbes des sorcières et du diable aux réels pouvoirs narcotique ou hallucinogène.

La présence de la douce-amère sur les bas reliefs de la porte de bronze (Portail central de la façade occidentale) de la Cathédrale de Strasbourg, aux côtés de la mauve adoucissante et du bouillon-blanc bénéfique contre la toux, n’a donc rien de surprenante, bien au contraire.

Côté végétal

douce-amere-bota
Solanum dulcamara (L.) Schott. – Solanacée

La douce-amère appartient à la famille des Solanacées, vaste groupe cosmopolite composé d’environ 3000 espèces, qui comprend des plantes comestibles comme la tomate et la pomme de terre mais aussi des végétaux très toxiques, tels le datura ou la belladone.

Le Solanum dulcamara est un sous-arbrisseau à tiges grimpantes ou retombantes commune dans les lieux frais d’Europe, d’Asie occidentale et d’Afrique du Nord.

Son nom commun vient du goût qu’ont ses tiges fraîches : douceâtre dans un premier temps, puis franchement amer. L’étymologie de son nom d’espèce a la même origine : « dulcamara » vient du latin « dulcis » doux, sucré et « amara » qui signifie amer.

Quoi qu’il en soit, il faut éviter de consommer cette plante car elle contient de multiples composés toxiques (glycoalcaloïdes).

Malgré cela, la douce-amère est utilisée depuis deux millénaires en pharmacopée traditionnelle. Ses tiges ont des propriétés sudorifiques (elles augmentent la sudation) et dépuratives (elles aident à l’élimination des toxines par le foie). Ses feuilles furent employées pour fabriquer des cataplasmes calmants et pour lutter contre les dermatoses (abcès, acné, eczéma…). Dès le Moyen Age, ses baies étaient recherchées pour un usage cosmétique : elles étaient sensées dissiper les taches du visage et de la peau.

Merci à Frédéric Tournay, botaniste de talent.
Dessin : Jaime Olivares.
Photo : Shirin Khalili.

Publicités

L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Février : l’armoise

Côté Cathédrale

Le manichéisme du Moyen Age oppose bien et mal, bénéfique et maléfique. Ainsi les plantes des saints (benoite, valériane, plantain, fougère, trèfle, lierre…) aux pouvoirs guérisseurs sont représentées aux coté des herbes des sorcières et des magiciens (aconit ou herbe de Médée, belladone, colchique, hellébore, pavot, ciguë…).
Armoise-colonne
Considérée comme la « mère-des-herbes et l’herbe-des-mères », c’est tout naturellement que l’armoise aux vertus médicinales se trouve dans l’iconographie des cathédrales. Continuer à lire … « L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Février : l’armoise »

L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Janvier : le palmier

palmier-dattier

Zachée juché sur un palmier du portail central.

Côté cathédrale

Avant d’être un symbole judéo-chrétien, les palmes représentaient chez les grecs un signe de distinction. On les offrait lors de victoires aux héros et aux athlètes. Continuer à lire … « L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Janvier : le palmier »

L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Décembre : le figuier

Côté Cathédrale

DSC_0280 - copie
Symbole de la Bible

Symbole de la Bible elle même c’est à dire de la science religieuse, le figuier est l’arbre généreux et secourable par excellence. A ne pas confondre avec son cousin le figuier sycomore associé à Zachée, chef des collecteurs d’impôts et personnage complexé qui juché sur un sycomore regarde l’entrée de Jésus dans Jéricho. Cette fameuse scène est représentée dans les vitraux du XVIe siècle du bas-côté sud. Mais elle est interprétée différemment sur la sculpture du tympan du portail central.
En regardant de plus près, on remarque de nombreux figuiers dans les vitraux de la Cathédrale. Ainsi, se sont les feuilles de figuiers qui couvrent la nudité d’Adam et d’Eve à l’origine, même si, elles ont été remplacées plus tard dans l’imagerie populaire par la feuille de vigne, plus répandue dans la région. Continuer à lire … « L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Décembre : le figuier »

L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Novembre : le pommier

Côté Cathédrale

DSC_0189 (2)
Le fruit de la tentation

Pommes d’Or du jardin des Hespérides, ayant le pouvoir de charmer quiconque les regarde, ou pomme de vengeance jetée par la déesse Discorde pour diviser et semer la dispute entre les dieux, la pomme a depuis l’antiquité et la mythologie grecque, des vertus qui peuvent faire pencher du côté du mal.

Ainsi, les textes bibliques ne font que reprendre ce même poids de séduction et de division qui mènera Adam et Eve à croquer la pomme interdite et se faire chasser du jardin d’Eden. La pomme d’Adam symbolise donc le déchaînement des désirs terrestres et la quête de l’immortalité.

L’iconographie chrétienne représente volontiers la scène du péché originel à travers les vitraux et les sculptures des cathédrales. Continuer à lire … « L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Novembre : le pommier »

L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Octobre : le blé

Côté Cathédrale

Blé-2
Ceci est mon corps !

Jésus dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Evangile selon Saint Jean). Cette métaphore décrit le symbolisme du blé souligné tout au long des textes bibliques. D’une part, don gracieux de Dieu et d’autre part mobilisant constamment les hommes par le soin, le blé cristallise les questions liées à la justification du travail. Il apporte nourriture mais il exige de l’homme de contribuer à cette multiplication.

Sa présence sur la Cathédrale médiévale est donc logique à travers des scènes de labeurs, récoltes et travaux des champs (portail sud, côté droit, en quinconce des signes du zodiaque). Continuer à lire … « L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Octobre : le blé »

L’herbier de pierre de Shirin Khalili – Septembre: la vigne

Côté Cathédrale

Vigne-Chaire
Consolation, joie et Saint Esprit…

On attribue à Noé l’invention du vin, « consolation tirée du sol que le Seigneur a maudit ». La vigne et le vin, symboles de joie, de l’Esprit Saint et de sagesse, sont cités plus de 450 fois dans la Bible. Ceci peut expliquer la forte présence de la plante dans les cathédrales.

A Strasbourg, c’est le motif végétal le plus présent. Son identification dans les sculptures ne laisse aucun doute tant sa reproduction est fidèle. On distingue clairement le mouvement ondulatoire de la tige, la nervation palmée des feuilles et la forme des fruits.

En frise verticale et en décoration de console sur le portail latéral nord, sculptés sur les chapiteaux des colonnes intérieures du bas-côté sud, ou encore en magnifique guirlande tout le long de l’escalier de la chaire, sa représentation est un témoignage de la très grande habileté des sculpteurs du Moyen Age et de leur sens poussé de l’observation. Ils rendent ainsi hommage au vin, symbole par excellence, avec le pain, de la vie chrétienne.

Côté végétal

vigne-bota
Vitis vinifera L. – Vitacée

La vigne est une liane aux feuilles profondément lobées qui peut atteindre 15 mètres de hauteur si elle n’est pas taillée. Le raisin et sa « grappe » de baies juteuse sont l’un des plus anciens fruits cultivés par l’homme. Il est consommé cru, séché, en jus, ou fermenté en vin. Riche en vitamines, sels minéraux et sucres, il est diurétique, énergétique et facilement digéré. Son ancêtre, la vigne sauvage (Vitis vinifera subsp. sylvestris) porte de petites grappes aux fruits espacés, acides et peu sucrés. Elle pousse dans les forêts alluviales des grands fleuves d’Europe et d’Asie tempérée, là où le sol sableux et régulièrement inondé a empêché l’infestation des racines par le phylloxera, un insecte qui a décimé le vignoble français dans la seconde moitié du XIXe siècle.

La domestication de la vigne se serait opérée il y a 8000 ans dans le Caucase. Ensuite la vigne cultivée a peu à peu gagné l’ouest du bassin méditerranéen. Les Phocéens l’introduisirent six siècles avant J.-C. à Marseille, puis sa culture s’étendit vers le nord, d’abord à la période romaine puis à l’époque carolingienne.

Merci à Frédéric Tournay, botaniste de talent.
Dessin : Jaime Olivares.
Photo : Shirin Khalili.