Les contes de Louis Schneegans, mai – La cour des corvées

L’an de grâce 1007, le jour où l’on fête saint Jean-Baptiste, survint à Strasbourg un temps effroyable et épouvantable. Les éclairs succédaient aux éclairs, le ciel à perte de vue semblait ne plus être qu’une mer de feu et les roulements de tonnerre étaient terribles.

Dans cette horrible tempête le feu tomba du ciel et s’abattit sur la cathédrale et sur l’église Saint-Thomas. Les deux lieux de culte prirent feu, tous deux furent réduits en cendres de fond en comble, ainsi que plus d’un tiers de la ville.

Cette catastrophe toucha lourdement le cœur de l’évêque Werner. Il instaura d’abord à travers tout le pays une taxe générale ainsi qu’une aumône. Il entendait, ce faisant, mettre d’abord les malheureux citoyens et habitants en état de reconstruire leurs maisons, eux que l’incendie avait réduits à néant, puis remplacer les églises qui n’étaient plus que cendres par de nouvelles.

Le Fronhof sur le plan-relief de 1725-1728, Musée historique de Strasbourg.
Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, mai – La cour des corvées »

Les contes de Louis Schneegans, avril – Le gentilhomme étranger et son chien

Parmi tous les audacieux que connut jadis Strasbourg, figure Simphorianus Pollio (Altbüßer en allemand) qui fut, au début de la Réforme, curé pléban ou curé à Saint-Étienne, puis, de 1521 à 1523 successeur de Wickram comme prédicateur de la cathédrale et en même temps curé à Saint-Martin, ainsi que l’un des réformateurs de Strasbourg et l’un des premiers protestants à composer des cantiques, mais aussi l’un des plus téméraires d’entre les téméraires. On raconte de lui de nombreux faits et gestes, dont celui-ci. Un jour, on le vit debout sur la balustrade du grand pont qui enjambe le Rhin ; il pencha tout le haut de son corps au-dessus du lit du fleuve en même temps qu’il étirait l’une de ses jambes aussi loin que possible derrière lui. C’était aussi une broutille pour lui que de monter sur la balustrade de la plate-forme de la cathédrale, de s’y tenir debout, droit et raide, pour regarder à son gré autour de lui, au loin tout comme dans les rues, où les innombrables spectateurs affluaient en bas à cause de lui, étonnés de son audace et de sa témérité, puis de se promener tout autour sur l’étroit parapet.

Des visiteurs sur la plateforme de la cathédrale vers 1900 (carte postale).
Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, avril – Le gentilhomme étranger et son chien »

Les contes de Louis Schneegans, mars – Le puits dans la cathédrale

Isaac Brunn, « Nef de la cathédrale de Strasbourg en 1630« . Le puits est visible dans le bas-côté droit.

Dans le bosquet consacré aux dieux, là où s’élevaient trois hêtres, à côté de la pierre sacrificielle, jaillissait une source sacrée autour de laquelle on avait construit une fontaine.

C’est là que jadis, au temps des païens, les prêtres lavaient les victimes offertes au terrible dieu de la guerre.

Et la source était si chère aux tribus qui, des environs immédiats et jusques aux confins les plus éloignés, en occupaient les terres, qu’elle fut préservée à l’époque où Clovis, le pieux roi des Francs, chassa le paganisme des demeures alsaciennes.

Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, mars – Le puits dans la cathédrale »

Les contes de Louis Schneegans, janvier – Le cor de la terreur et la trompe des Juifs

Au cours de l’été 1349, se répandit en Alsace la plus grande et la plus épouvantable vague mortelle qui eût jamais frappé les pays rhénans.

Venu d’Asie et d’Afrique, le fléau toucha l’Europe où il tua de male mort des milliers de personnes, aussi bien des chrétiens que des païens, car, comme le rapportent les chroniqueurs de cette époque, cette mort sévissait d’une extrémité du monde à l’autre, au-delà des mers comme de ce côté-ci.

Terrifiés et horrifiés, les peuples appelèrent ce fléau cruel la peste noire.

Elle fit rage, à Strasbourg comme partout ailleurs : environ seize mille personnes furent mises en terre, et il n’y avait pas de mot pour qualifier cette détresse et cette désolation !

Le « Grüselhorn », trompe en bronze portant d’un côté l’écu de la ville, de l’autre celui de l’Œuvre Notre-Dame.
Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, janvier – Le cor de la terreur et la trompe des Juifs »

Les contes de Louis Schneegans, décembre – Le bosquet sacré et les trois hêtres

A en croire de très vieilles légendes dont on ne perçoit plus qu’un faible écho, l’endroit où se dressent aujourd’hui la cathédrale et la merveilleuse flèche de la tour, celle qui s’élève si hardiment vers le ciel, serait depuis plus de deux millénaires un lieu sacré et un sanctuaire.

Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, décembre – Le bosquet sacré et les trois hêtres »

Les contes de Louis Schneegans, novembre – L’horloge dans la cathédrale

Cela faisait longtemps, longtemps que l’ancienne horloge de la cathédrale ne fonctionnait plus.

Voilà pourquoi les maîtres de corporations et le Grand Conseil décidèrent de la remplacer par une autre qui serait encore plus merveilleuse.

Un horloger, à nul autre pareil, conçut et exécuta la merveille.

Nulle part aux alentours, nulle part dans le grand et vaste monde, on ne pouvait trouver une horloge qui, même de loin, aurait soutenu la comparaison avec cet incomparable chef-d’œuvre artistique.

Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, novembre – L’horloge dans la cathédrale »

Les contes de Louis Schneegans, octobre – La voûte et le lac sous la cathédrale

Le lac souterrain de la cathédrale de Strasbourg est l’un de ces nombreux sujets où maints mythomanes, abonnés et adonnés aux mystères, au mysticisme et au spiritisme, s’en sont de tout temps donné à cœur joie. Le texte s’en fait d’ailleurs l’écho.

Parmi les gens du peuple, plus d’un (et on pourrait encore en trouver certains) croit que sous la cathédrale, il y aurait une voûte bien sonore sous laquelle on pourrait faire des allers et retours en bateau ; l’entrée se trouverait dans une cave située juste en face de la cathédrale, dans un logement attenant à la pharmacie dite Au cerf. L’habitait jadis un barbier nommé Geßler, et de nos jours un autre barbier appelé Moïse (leur ancêtre commun figure sur la maison).

Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, octobre – La voûte et le lac sous la cathédrale »

Les contes de Louis Schneegans, septembre – Le petit homme de la balustrade près du pilier des anges

Le récit présenté ce mois n’est pas dépourvu de qualités littéraires. A travers un suspense bien ménagé, perce un léger humour qui présente un artiste que n’offusquent pas les sottes prétentions du vulgum pecus. La leçon est proposée par le texte et non de la bouche du maître. Tout est bien qui finit bien.

Tous ceux qui sont allés à la cathédrale connaissent le petit homme qui, près de l’horloge, au-dessus de la chapelle Saint-André, lève les yeux depuis la balustrade de la chapelle Saint-Nicolas, vers le magnifique pilier des anges qui soutient la voûte du bras sud du transept.Strasbourg_cathédrale_Notre-Dame_homme_accoudé_01 Continuer à lire … « Les contes de Louis Schneegans, septembre – Le petit homme de la balustrade près du pilier des anges »